De la céramique industrielle à la Céramique d'Art



Ses initiales la lient à son activité, Corinne Arbet est Céramiste d'Art. Quand elle vous parle de céramique, la voix de Corinne exprime toute la passion qu'elle a pour cet art ancestral. Enfant déjà, elle rêvait de créer de belles porcelaines, c'est pourtant à la céramique industrielle qu'elle a consacré sa vie. Jusqu'au jour où, elle a replongé ses mains dans la terre et qu'elle a décidé de donner vie à son rêve.


Corinne, tu as ouvert en janvier ta boutique de céramique d’Art, comment a commencé l’aventure ?

Je suis tombée dans la céramique quand j’étais petite. Mon père travaillait dans une briqueterie, à 8 ans j’allais le rejoindre et il me donnait des morceaux de terre que je modelais.

Puis j’ai fait des études de céramiste en lycée technique et ensuite j’ai passé un BTS en céramique industrielle. Je voulais faire de la céramique artisanale, potier, mais ça inquiétait mes parents qui craignaient que je ne gagne pas correctement ma vie.

En même temps je fus contactée par une entreprise d’ingénierie qui concevait des usines clés en main pour la terre cuite (tuiles et briques), j’y suis restée 30 ans, à occuper différentes fonctions.

J’ai fait la mise en route des usines, de la préparation des terres jusqu’au produit fini pendant quelques années en France. Puis, j’ai eu envie de fonder une famille et pour être plus disponible, j’ai demandé à changer de métier.


Ma nouvelle fonction,au siège, était donc de chiffrer ces usines ; le matériel qui était nécessaire à la construction d’un four, le dimensionnement des éléments, le nombre de tôles, de briques réfractaires, …etc. Je chiffrais l’ensemble de l’usine, aussi bien le matériel pour préparer la terre, que celui pour sécher les produits, les cuire, les mettre sur palette, en l’occurrence des briques ou des tuiles.

J’ai fait ce métier pendant quelques temps sur Paris, mais la vie parisienne ne me convenait pas, donc j’ai demandé une nouvelle fois à bifurquer et à descendre en province.


Je me suis retrouvée au service achat à Limoges,la ville de la porcelaine., j’achetais tous les matériaux pour toutes ces usines Françaises et Européennes voir mondiales. Je m’intéressais plus particulièrement aux pièces de rechanges, jusqu’au jour où on m’a proposé un poste en Bourgogne, donc je suis repartie (encore une fois) pour m’occuper des pièces de rechanges au niveau mondial, de l’Arabie Saoudite, aux États-Unis, à l’Australie, la Belgique…Je m’occupais « d’une société » à moi toute seule dans l’enceinte de cette entreprise, je déterminais les pièces de rechanges dont les clients avaient besoin, leur remettais les offres et m’occupais de la vente.

Jusqu’au jour où cette société a capoté et s’est reformée en deux entités, une en Bourgogne et une à Paris. C’est comme ça que je me suis retrouvée à Soissons (car Paris s’occupait aussi de Soissons), c’était une filiale qui s’occupait exclusivement des machines pour préparer les terres. J’ai donc accepté pour me rapprocher de mon conjoint.


L’installation a été difficile car je ne connaissais pas Soissons, et la présence d’une femme dans une usine était compliquée, j’ai eu pas mal de bâtons dans les roues, mais bon, je me suis adaptée.

Je m’occupais des pièces de rechanges pour les usines mais également pour les grosses machines de préparation des terre (ce qui me plaisait moins).

Je suis devenue responsable du service pièces de rechanges pour l’ensemble de la société.

Par la suite cette société a été liquidée et j’y ai vu une super opportunité, de faire vraiment ce que j’avais envie de faire, la céramique d’art. J’avais dans l’idée de créer mon atelier, mais avant, j’ai aidé à remonter une nouvelle société.

Je me suis ensuite formée au tournage pendant 9 mois, puis au modelage et à l’animation d’ateliers, également pendant 9 mois pour obtenir un CAP de céramique artisanale. C’était difficile de se replonger dans toute la partie théorique, mais j’ai adoré tout ce qui était pratique, avoir les mains dans la pâte.

J’ai donc eu mon CAP en juillet 2018, puis j’ai cherché mon atelier, entrepris des travaux et j’ai ouvert en janvier de cette année.


Comment décrirais-tu ton style en quelques mots ?

C’est difficile pour moi de répondre à cette question. J’ai toujours l’impression de pouvoir faire mieux, on me dit que mon travail est fin, je travaille en effet le grès très finement car je veux faire de la porcelaine. Je voudrais que les gens se retrouvent dans les produits que j’offre et qu’ils comprennent tout le processus d’élaboration. Qu’une tasse n’est pas faite d’un seul morceau et que ça prend du temps pour réussir à obtenir un beau produit, aussi bien avec la terre, qu’avec la couleur.


Où trouves-tu l’inspiration ?

Je ne sais pas, je n’ai pas l’impression de chercher, c’est en moi et je manifeste ma personnalité à travers mes créations. Je puise certainement mon inspiration de la nature, la mer, la montagne. J’aime ce qui est sensible et j’observe ce qui m’entoure.


Comment as-tu affiné ton savoir-faire ?

Je me remets sans cesse en question, je recherche des nouvelles techniques, des nouvelles formes. Je m’enrichis du savoir des autres, j’observe les potiers qui sont plus expérimentés que moi, et aussi en faisant d’autres formations pour me perfectionner.


Quelle est ta journée de travail type ?

Le jour où je n’ai pas de clientèle, j’arrive à l’atelier, je regarde mes pièces de la veille et suivant leur état je retravaille dessus, et je vais voir mon four, c’est mon rituel, peut-être qu’il me donne de l’inspiration.

Ensuit je prépare ma terre, mes pâtons, suivant ce que j’ai envie de faire, si c’est un vase ou des tasses ils n’auront pas le même grammage. Je démarre sur un croquis et je me lance au tour pour faire un premier jet, j’adapte mon poids de terre, mes formes.

Suivant l’objet je ne ferai pas les mêmes gestes, on appelle cela un itinéraire. Je réfléchis donc sur cet itinéraire et je le modifie en fonction de ce que j’obtiens. Une fois que j’ai fait mes formes et qu’elles me conviennent, soit j’ai fini ma journée, soit je passe à autre chose.


La deuxième partie de mon travail, c’est le tournasage, quand ma pièce a suffisamment séché (on dit à état de cuir), je la rectifie, sinon, je nettoie mon atelier, je range mes outils.

Il se peut qu’une autre journée, ce soit une journée émaillage. Je porte un masque et des gants parce que les poudres peuvent être toxiques et il faut se protéger. Je dose, je fais de la cuisine, je sors mes bassines, mes tamis, mes touilleurs et je prépare mes poudres qui vont devenir des émaux. Ensuite, je me mets face à mes pièces et je choisis la couleur qui va aller à chacune.

Une pièce, pour qu’elle soit émaillée doit être cuite une première fois à 980 °C, une fois qu’elle est cuite (on appelle ça un dégourdi de grès), je la nettoie, je la dépoussière et je la trempe dans l’émail, ou je coule l’émail sur la pièce. Une fois que les pièces sont émaillées, il faut au moins 4 heures de séchage. Dans l’émail il y a de l’eau et la pièce va absorber cette eau, une fois que c’est sec, je passe au four mais c’est une autre journée de travail. C’est une opération délicate car je dois protéger le four, si l’émail coule ça détruit les plaques réfractaires et la pièce. C’est comme un puzzle, chaque pièce doit être à sa place, bien rangée. Les pièces quand elles cuisent se dilatent et se rétractent il ne faut pas qu’elles soient trop proches l’une de l’autre. L’enfournement peut prendre 2 à 3 heures, la cuisson une journée entière et le refroidissement une autre journée.

Quand on ouvre le four, c’est l’extase car on a vraiment de belles choses.


A quoi travailles-tu en ce moment?

Je fais des saladiers et des soupières. C’est une difficulté, car la soupière est une pièce compliquée et qu’il faut beaucoup de terre. Pour vous donner un ordre d’idée quand je fais travailler les élèves au tour, on prend des poids de 300 à 400 g, pour la soupière c’est beaucoup plus, 1 à 2kg. J’ai aussi des idées de vase pour Soissons.


Que peut-on apprendre dans tes ateliers ?

Quand je ne produis pas, je transmets mon savoir, j’anime des cours de tournage sur un tour de potier. Les personnes apprennent à faire des bols, des pots, voir plus au fur et à mesure des séances. Je m’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Pour les enfants il y a un âge minimum de 10 ans car travailler sur le tour demande de l’attention.

J’anime aussi un atelier de modelage, c’est comme de la pâte à modeler, on peut faire un plat, un bol, des perles, des animaux, on peut tout faire, c’est très convivial.

Le lâcher-prise est total au tour comme au modelage. Après une séance de tour on est chaos et on dort comme un bébé.


Quel projet rêves-tu de réaliser ?

Ce que j’aime c’est transmettre, redonner ses lettres de noblesse à la céramique qui est un art ancestral. Mon projet c’est de remplir mon atelier, avoir plus de personnes et plus de tours, former des gens pour qu’eux-mêmes donnent des cours, transmettent. Mon rêve, c’est que mes céramiques plaisent et que mon travail soit reconnu. Mais surtout, que lorsqu’une pièce arrive chez quelqu’un, qu’il se dise, ça a été fait avec amour.


Quel est le meilleur conseil créatif que l’on t’ait donné ?

Se laisser aller à ce qu’on a envie de faire, ne pas penser que c’est moche, ne pas juger sa création.


Quelques mots sur ton magasin ?

Je ne suis pas du tout issue du commerce, quand je vends une pièce je ne peux pas m’empêcher de dire comment elle est faite. Cette boutique est à mon image et elle va évoluer. Les gens peuvent entrer pour regarder et s’informer.


Et ma dernière question, comment fais-tu pour te faite connaitre ?

Je dépose des flyers à des endroits stratégiques, les commerces de proximité, à l’office du tourisme. J’ai fait de la publicité dans le Vase Communicant, je suis en train de créer mon site internet et ma page FB et on me trouve sur Instagram. Et bientôt, il y aura une boutique en ligne.


Corinne vous accueille dans sa boutique/atelier au 3 place Lamartine à Soissons, où vous pourrez découvrir ses créations.

Elle propose également des ateliers de tournage et de modelage pour adultes et enfants. Vous aurez la possibilité de prendre un cours ponctuel, une carte de 5 ou 10 cours ou encore de choisir au trimestre. Pour plus de renseignements et réserver un atelier, contactez Corinne au 06.88.03.89.66

Par ailleurs, vous pourrez la rencontrer lors du salon Bien-être et Art de Vivre des 16 et 17 mars prochains à Pasly où elle vous proposera de vous essayer au modelage (env 1h ) pour 10 euros, et au tournage (env 1h) pour 12 euros.


Propos recueillis par Stéphanie Brimont Thirriard

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